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Proches aidants au travail : Une réalité encore invisible

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PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE
Les proches aidants ignorent eux-mêmes leur statut : 35 % ne se reconnaissent pas comme des personnes proches aidantes.

Il y a de fortes chances que vous côtoyiez, au travail, des proches aidants sans le savoir. Par peur d’être jugée ou de voir ses perspectives professionnelles freinées, une personne sur trois cache sa situation. Pourtant, comme les nouveaux parents, elles peuvent bénéficier de mesures de conciliation.

C’est ce qui ressort des résultats d’un récent sondage Léger réalisé pour Concilivi et Proche aidance Québec.

Avec le vieillissement de la population, les proches aidants sont de plus en plus nombreux. Selon l’Institut de la statistique du Québec, les personnes âgées de 65 ans et plus pourraient constituer le quart de la population en 2031. Cela pourrait grimper à 27 % dans les années suivantes, ce qui constituerait le pic de cette tendance démographique.

Et pourtant… Les proches aidants ignorent eux-mêmes leur statut : 35 % ne se reconnaissent pas comme des personnes proches aidantes.

« On ne comprend pas encore très bien ce qu’est la proche aidance, explique Loriane Estienne, directrice générale de Proche aidance Québec. C’est donc difficile pour un employeur de bien soutenir ses employés qui vivent cette réalité. »

Proche aidance Québec regroupe 150 organismes qui offrent du répit, de la formation, du soutien, de l’accompagnement, de l’aide aux démarches administratives et d’autres services directs à la population depuis 25 ans.

Incompréhension et stigmatisation

Un proche aidant, c’est « quelqu’un qui apporte un soutien significatif à une personne de son entourage qui a une incapacité temporaire ou permanente, qu’elle soit physique, psychologique, psychosociale ou autre, peu importe le lien affectif, qu’il soit familial ou non », selon la Loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes du gouvernement du Québec.

Si elles travaillent à temps plein dans une proportion de 46 %, les personnes proches aidantes estiment que leur réalité est mal comprise par leur employeur dans une proportion de 62 % (comparativement à 51 % des parents, par exemple).

Pas étonnant qu’elles n’osent pas utiliser les mesures de conciliation travail-famille offertes dans leur organisation : elles ne sont que 58 % à le faire, contre 68 % des parents.

« C’est encore tabou d’en parler, dit Corinne Vachon Croteau, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille et de son initiative Concilivi. Un peu comme pour les enjeux de santé mentale, les gens ont encore peur de se dévoiler. »

Les raisons principales de cette réticence ? Les personnes proches aidantes craignent d’être stigmatisées, que cela nuise à leur avancement et à leur carrière. Certaines redoutent de perdre leur emploi.

Dilemmes moraux

Invisibles et indétectables, les personnes proches aidantes jonglent avec de nombreuses sources de stress : elles ne veulent pas manquer de jours de travail, elles veulent être performantes, elles veulent être présentes pour leurs proches et elles n’osent pas négocier de mesures de conciliation.

« Elles sont constamment devant des dilemmes moraux, note Mme Estienne, elles sont placées devant des choix impossibles. »

Parfois, la proche aidance, c’est un parent d’un enfant avec un handicap, un partenaire blessé ou un parent vieillissant. Les visages sont multiples.

 Loriane Estienne, directrice générale de Proche aidance Québec

Fait intéressant : le lien semble jouer sur l’acceptabilité. Aider son père ou sa mère malade, ça passe… mais sa grand-tante ? Son voisin ?

« On n’a pas à juger du lien, rappelle Corinne Vachon Croteau. Ça prend de la bienveillance, de l’écoute, de l’ouverture. »

Pour les employeurs, la meilleure façon d’aider les employés qui vivent la réalité de proche aidant, c’est d’abord de reconnaître le rôle et de sensibiliser l’organisation.

Reconnaissance et sensibilisation

C’est ce qui se passe à la Financière des professionnels – Gestion privée. Un vaste sondage a été réalisé en 2023 auprès des 200 employés. Le but ? Déterminer où se positionnait la proche aidance dans l’organisation. Qui savait ce que cela voulait dire ? Qui la vivait ? Qui était touché ?

« On a réalisé qu’il y avait du travail à faire, raconte Barbara Noaille, Cheffe, Expérience candidat et partenaire d’affaires principale, Culture et capital humain. En 2023, 20 % des gens s’identifiaient comme proche aidant et à la fin de 2025, c’était 34 %. Ce n’est pas seulement dû à une augmentation, mais aussi à une meilleure reconnaissance. »

Prise en sandwich entre de jeunes enfants et des parents vieillissants, Mme Noaille est elle-même une proche aidante.

« Je suis de la génération sandwich », dit-elle.

Barbara Noaille
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
Barbara Noaille, cheffe, Expérience candidat et partenaire d’affaires principale, Culture et capital humain, de la Financière des professionnels – Gestion privée

Un proche aidant ne s’occupe pas seulement du transport, des rendez-vous, des finances, on est aussi là en support moral. Parce qu’il ne faut pas oublier, dans le cas des parents vieillissants, leurs cercles d’amis, leurs familles ont disparu. On devient leur appui.

 Barbara Noaille, cheffe, Expérience candidat et partenaire d’affaires principale, Culture et capital humain, de la Financière des professionnels – Gestion privée

Le sondage réalisé à la Financière des professionnels – Gestion privée a révélé que 52 % des personnes proches aidantes consacraient une à quatre heures par semaine à aider leurs proches et 17 %, de cinq à neuf heures.

De vraies mesures

En plus d’horaires flexibles et de possibilités de télétravail, l’organisation met à la disposition des employés une banque de sept congés mobiles pour raisons personnelles. Des informations spécifiques aux proches aidants sont incluses dans la politique de l’entreprise.

« Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, comme organisation, indique Barbara Noaille. Il faut y aller avec des accommodements personnalisés. C’est du cas par cas. Et ça prend de l’écoute et de la bienveillance. Mais ne pas le faire, c’est rater une occasion de rétention et d’attraction auprès des employés. »

Selon le sondage Léger, 53 % des proches aidants croient que la négociation d’accommodements individuels constitue une source importante de stress.


[ Source ]

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