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La politique du petit pas

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Geneviève Coutu a mis sa vie sur pause pour s’occuper de son mari, Louis, atteint de la maladie d’Alzheimer, de son diagnostic jusqu’à son dernier souffle. Cinq années à s’appauvrir, à s’épuiser et à s’isoler parce que notre réseau de soutien et de soins craque de partout.

Trop de Québécois se surmènent comme Geneviève Coutu à prendre soin de leurs proches. La rémunération annoncée jeudi par la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, constitue un vrai appel d’air. Mais cette respiration, on n’en connaît pas l’exacte teneur puisque la ministre en a donné le taux horaire — 21 $, comme les travailleurs d’aide à domicile —, mais a refusé d’en dévoiler les termes et la durée. Chose certaine, elle sera vraisemblablement à des lieues du salaire décent que réclament Mme Coutu et des milliers d’autres proches aidants à Québec et à Ottawa.

Il faut tout de même féliciter le gouvernement Legault d’accélérer le virage vers le soutien à domicile avec sa nouvelle politique, Mieux chez soi. Il n’y a pas d’erreur sur le traitement. Renforcer ce pilier essentiel du continuum de soins et de service offerts aux aînés est un pas dans la bonne direction. Si seulement ce pas était à la hauteur des défis de géants qui attendent notre Québec vieillissant.

Les quelques dizaines de millions de plus ajoutés immédiatement, qui atteindront une petite centaine à terme, sont risibles quand on sait que les besoins réels vont bientôt se chiffrer en milliards supplémentaires. La firme Aviseo Conseil a calculé que le nombre d’aînés ayant besoin de soutien à l’autonomie passera de 289 000 en 2025 à 400 000 en 2035. Leurs besoins et, donc les coûts associés pour les satisfaire, vont quadrupler, passant de 6,2 milliards de dollars en 2020 à 25,6 milliards en 2050. Le manque à combler est vertigineux.

Le Québec n’est pas prêt à affronter pareil vent de face.

Il est heureux que la ministre réaffirme son intention de faire des centres locaux de services communautaires (CLSC) la porte d’entrée principale pour les services aux aînés qui souffrent d’un grave éparpillement et d’une désorganisation maladive. Il y a quelques jours, Le Devoir avait dévoilé un inquiétant retard dans le déploiement de cette initiative. Censée être parachevée l’automne dernier, elle le sera finalement d’ici « la fin de l’année », a promis Mme Bélanger.

La ministre a aussi décidé de miser davantage sur les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EESAD). Bien qu’elles répondent à des besoins réels, les initiatives phares retenues par le gouvernement Legault témoignent d’un glissement de plus en plus assumé vers une privatisation au détriment des services publics. Ce choix nous est passé en douce, alors qu’il aurait dû faire l’objet d’une discussion ouverte et franche. Il est encore temps de l’avoir. Mais ne tardons pas, car la crise n’est pas à venir, elle est déjà là.

 

Les personnes en attente d’un premier service de soutien à domicile sont toujours légion sur le tableau de bord de Santé Québec. Aux dernières nouvelles, elles étaient 13 327 coincées au portillon, tandis que 2989 attendaient infructueusement une place en CHSLD. Et pour une place en ressources intermédiaires (RI) ? Elles seraient peu ou prou 5500 à en espérer une en vain.

C’est connu (et admis comme tel) de tous ceux qui s’y connaissent : le Québec aura besoin de plus de places en CHSLD ou en maisons des aînés, en RI et en résidences privées pour aînés (RPA) pour affronter les prochaines années. Qui dit plus de places dit plus de chantiers. C’est pourtant l’inverse qui se produit sur le terrain, où les RI tombent littéralement comme des mouches. Depuis 2018, 700 RPA ont fermé leurs portes.

Le malheur, c’est que les Québécois en attente ont besoin de ces services, de ces soins et de ces milieux maintenant. Impossible de faire une pause en attendant que le système soit suffisamment solide pour leur ouvrir les bras. Dans l’intervalle, chacun fait de son mieux, évidemment. Mais les soignants de passage qui se passent le relais et les proches aidants sans soutien à leur mesure s’épuisent à compenser sans pour autant répondre adéquatement à tous les besoins croissants de ces personnes condamnées à errer dans un réseau épuisé, sans ressources et déshumanisant.

Privés d’une base fiable et essentielle, ces gens peuvent se désorganiser, leur état se dégrader, leur réseau s’épuiser. C’est comme ça que l’humanité passe à la trappe.

Rendu à une telle extrémité, il faut alors parler de « maltraitance organisationnelle », dénonçaient trois médecins dans Le Devoir. Par la même occasion, ceux-ci nous mettaient en garde contre un glissement visible partout. Faute de pouvoir offrir douceur, présence et continuité dans les soins offerts aux patients souffrant de troubles cognitifs, on remplace les mesures non pharmacologiques qui ont fait leurs preuves par une médication tous azimuts.

Ce n’est pas digne d’un Québec qui se souvient de ce que ses aînés ont fait pour lui. Ce n’est surtout pas à la hauteur d’un Québec qui se sait déjà aux prises avec la spirale du vieillissement, mais cherche encore à gagner du temps.


[ Source ]

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