Actualité et revue de presse

Soutien à domicile : Québec accorde une rémunération à certains proches aidants

Une personne âgée, dont on voit la main posée sur un déambulateur, à côté d'un lit.
Le Québec ne s'était pas doté d'une politique de soutien à domicile depuis 2003. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / AFP / Matthieu Rondel

« Mieux chez soi » : tel est le titre de la Politique nationale de soutien à domicile (PSAD) lancée jeudi par la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, qui a annoncé une bonification de 107 millions de dollars (M$) au budget existant des services de soutien à domicile.

Avec l'annonce de cette politique, Québec injecte de l'argent frais aux 2,6 milliards de dollars (G$) déjà consacrés au soutien à domicile de personnes ayant des incapacités, qu’elles soient temporaires ou permanentes.

Les 107 M$ ajoutés vont se traduire par des ressources humaines, a déclaré Sonia Bélanger quand elle s'est vu demander en conférence de presse si des embauches seront faites. Que ce soit dans les CLSC ou les entreprises d'économie sociale, avec un budget de cette hauteur-là, une grande partie va sur les embauches de personnel, a-t-elle assuré.

Le financement sera attribué à Santé Québec, qui en fera l'attribution.

La ministre Bélanger, qui est également responsable des Aînés et des Proches aidants, a annoncé par la même occasion l'élargissement du programme chèque emploi-service – qui est renommé allocation autonomie à domicile – afin que les proches aidants soient rémunérés.

Comme l'a expliqué Marilyne Picard, députée de Soulanges, les personnes proches aidantes qui soutiennent une personne bénéficiant de l'allocation autonomie à domicile pourront être reconnues et rémunérées.

Sonia Bélanger.
La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, est également responsable des Aînés et des Proches aidants. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Rester chez soi aussi longtemps que possible

De manière générale, Québec entend mieux adapter et mieux coordonner les services afin que les personnes malades, les personnes âgées en perte d'autonomie et les personnes handicapées puissent demeurer à domicile le plus longtemps possible, a déclaré Sonia Bélanger, pour qui l'annonce faite jeudi est plus large que ce qui est annoncé à l'intention des proches aidants.

La politique comporte trois volets, a décrit Mme Bélanger :

  • élargissement du rôle des CLSC pour qu'il y ait une meilleure coordination avec les organismes communautaires
  • intensification du travail avec les entreprises d'économie sociale en soutien à domicile
  • élargissement de l'allocation d'autonomie à domicile aux proches aidants admissibles

Ce dernier volet est élargi pour que les proches aidants qui répondent aux critères du programme puissent eux-mêmes bénéficier de cette allocation. Par exemple, sera admissible un proche aidant qui prodigue des soins d'hygiène ou autres soins permis dans le cadre légal (comme l'administration de médicaments), ou encore qui aide une personne à s'alimenter.

L'allocation d'autonomie à domicile est basée sur l'évaluation des besoins d'une personne, a expliqué la ministre Bélanger. Ça se traduit par un nombre d'heures et par un financement.

Le taux horaire de l’allocation autonomie à domicile passera de 20 $ à 21 $. Cette mesure représente un ajout de 2,4 M$ d’ici mars au budget. Et, à compter de la nouvelle année financière, en avril prochain, cela représentera un investissement récurrent de 15,7 M$.

Le budget accordé à l'enveloppe globale de cette allocation est bonifié de 1,1 million $ dès maintenant et un financement supplémentaire de 22,2 millions $ suivra en avril, pour 2026-2027.

Il n'y aura pas de rétroaction, toutefois, a mis en garde la ministre. Un proche aidant au chevet d'une personne depuis des années ne pourra pas réclamer de rémunération pour services passés.

Le rôle des CLSC comme porte d'entrée

En ce qui a trait aux CLSC, nous souhaitons qu'ils redeviennent une véritable porte d'entrée pour tous les citoyens, a déclaré la ministre Bélanger. Ces établissements auront un rôle élargi, notamment d'accueillir la personne et son proche aidant et de les orienter vers les bons services.

Une pancarte de CLSC.
La ministre Sonia Bélanger souhaite que la politique de soutien à domicile adoptée par le gouvernement Legault permette aux CLSC de redevenir la porte d'entrée pour les personnes atteintes d'une incapacité et les proches aidants qui s'occupent d'elles. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Le CLSC coordonne et assure les services professionnels. C'est là qu'on procède à l'évaluation et qu'on élabore le plan de soins. Mais, de préciser la ministre, quand le soutien à domicile va aller évaluer une personne, ce n’est pas tout le CLSC qui va rendre les services.

D'autres organismes interviennent auprès d'une personne ayant des incapacités : les centres d'action bénévoles (nouvelle fenêtre), le Regroupement des popotes roulantes du Québec (nouvelle fenêtre), les projets de gériatrie sociale (nouvelle fenêtre) implantés un peu partout dans la province ou encore le réseau des entreprises d'économie sociale (nouvelle fenêtre).

Pour la personne qui reçoit les services, il faut que ce soit facile. Il faut éviter une multitude d'intervenants différents. Mais il reste que les organismes sont nombreux et ils peuvent faire une différence.

Une citation deSonia Bélanger, ministre de la Santé et ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

Ainsi, six projets pilotes sont en branle pour renouveler le rôle des CLSC dans le soutien à domicile dans les régions suivantes : la Capitale-Nationale, la Gaspésie, Lanaudière, les Laurentides, Montérégie-Centre et au CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

Obtenir du soutien à domicile : un défi

En 2024, la commissaire à la santé et au bien-être du Québec, Joanne Castonguay, avait publié le quatrième tome de ses rapports Vieillir chez soi, dans lequel elle affirmait que l'accessibilité aux services de soutien à domicile était la dimension la plus problématique.

Plus tôt, en 2023, la commissaire y allait de ce constat : Globalement, le taux de réponse aux besoins est faible. Cela accroît significativement le risque d’être admis en CHSLD pour les personnes en plus grande perte d’autonomie.

Joanne Castonguay ajoutait, cependant, que ceux qui avaient accès aux services se déclaraient généralement satisfaits des services reçus et estimaient que cela les aidait à demeurer à domicile.

Selon des données publiées par le Vérificateur général du Québec, une place dans un CHSLD public coûte 118 000 $ par année, dont 98 000 $ sont assumés par le gouvernement. C'est la réalité de l'État. Mais pour les proches aidants, le soutien à domicile a également un coût, au point où certains d'entre eux ont récemment interpellé Québec et Ottawa afin qu'un salaire leur soit versé.

Au Québec, une première politique pour le soutien à domicile avait été élaborée en 2003. Le gouvernement de François Legault avait fait part de son intention d'en adopter une nouvelle, en 2024, afin de mieux répondre aux besoins d'une population vieillissante.

Les enfants handicapés

Pour alléger la démarche pour obtenir des services – un parcours du combattant, disent certains – Québec a, par exemple, instauré un pont administratif à l'intention des proches d'un enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels, et à qui un supplément est versé, a expliqué Marilyne Picard.

C'est sûr que les familles doivent faire la demande auprès d'un travailleur social pour obtenir l'allocation autonomie à domicile, a-t-elle nuancé, et ça va dépendre des ressources sur le terrain.

Il y aura un meilleur arrimage avec le CLSC.

Une citation deMarilyne Picard, députée de Soulanges

Une augmentation dérisoire

Au nom des parents d'enfants polyhandicapés, par ailleurs, l'organisme L'étoile de Pacho a réagi par communiqué en parlant de sa déception vis-à-vis de cette annonce gouvernementale, tout en saluant l'investissement de 107 M$ qui est fait.

Entre autres critiques, l'organisme déplore l'augmentation marginale d'un dollar du taux horaire de l’allocation autonomie à domicile. Il réclame en outre que les parents d'enfants lourdement handicapés puissent se voir allouer automatiquement un nombre minimum d'heures en vertu de cette allocation, dans les cas où l'enfant est admissible au Supplément pour enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels (SEHNSE).

Le reportage d’Aimée Lemieux

L'organisme Moelle épinière et motricité Québec (MEMO), pour sa part, qualifie de dérisoire l'augmentation du budget accordée au soutien à domicile.

Dans une déclaration écrite, son directeur général, Walter Zelaya, prend par ailleurs bonne note que la ministre Bélanger ait elle-même reconnu, en conférence de presse jeudi, que les CLSC ne répondaient qu'à 10 % des besoins en soutien à domicile. La ministre a, à cet égard, affirmé que le soutien à domicile était assuré par un ensemble d'acteurs sur le terrain, et que la seule évaluation de l'apport des CLSC n'était pas représentative de tout ce qui est offert.

Un parti pris pour le privé

La CSN voit dans ce qui a été annoncé jeudi l'illustration du parti pris de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour le privé, sans aucun égard à l’expertise des équipes du réseau public, notamment celle des auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS).

La présidente de la Fédération des professionnèles–CSN, Jessica Goldschleger, affirme que plus il y a d’intervenantes et d’intervenants, plus cela rend les suivis compliqués, et plus on perd de l’expertise sur le terrain.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) salue le fait que Québec entende faire des CLSC la porte d'entrée principale pour l'évaluation des personnes en perte d'autonomie.

La présidente de la FIQ, Julie Bouchard, insiste toutefois par communiqué que les CLSC doivent disposer des professionnelles en soins nécessaires pour assurer une prise en charge complète et sécuritaire des patient‑e‑s, tout en respectant leurs champs de compétences et leur expertise.


[ Source ]

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