Actualité et revue de presse

Rémunération des proches aidants : Fardeau administratif pour les usagés

Guillaume Côté-Philibert
Crédit photo: Micheline Côté

L’annonce récente de la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, sur la rémunération des proches aidants a suscité un élan d’enthousiasme chez les principaux concernés, y voyant une avancée dans la reconnaissance de leur rôle essentiel dans la société. Guillaume Côté-Philibert, directeur général du Centre d’aide aux proches aidants des Basques (CAPAB), s’est penché sur le «cadre de référence», c’est-à-dire le «mode d’emploi».

Après analyse de ce programme appelé «Mieux chez soi», il se dit partagé, évoquant des «grands pas» dans la bonne direction pour certaines mesures, tout en formulant des «points de vigilance, nomme-t-il, [pour] s’assurer que les mesures contribuent réellement à alléger le quotidien des gens et non à l’alourdir.»

Le personnel du Réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), comme le travailleur social ou le CLSC, est responsables de l’analyse des besoins de l’usager, à travers un cadre clinique. Certains de ces besoins seront comptabilisés pour rémunérer le proche aidant, mais beaucoup d’autres besoins, comblés par le travail du proche aidant, ne seront pas admissibles à une rémunération. «Donc, on s’entend que c’est très limité pour toute l’implication d’un proche aidant qui est là 24/7», précise M Côté-Philibert.

«On laisse beaucoup plus de place aux proches aidants et aux entreprises privées pour donner les soins, mais il n’y a pas beaucoup de mentions du réseau public dans ce nouveau programme, continue M. Côté-Philibert. Si on ouvre la porte au privé […], je ne dis pas que c’est mal, mais l’objectif c’est de faire du profit. Donc, nous c’est clair qu’on privilégie les services publics d’abord et il faudra être attentif à justement quelle sera la place du privé […] Il ne faudrait pas que ça soit au détriment de services publics de qualité au niveau du soutien à domicile.» Le directeur du CAPAB formule cette mise en garde sur les services publics : « Il y a un mur qui s’en vient devant nous : le vieillissement de la population. Pour nous, comme organisme communautaire, c’est vraiment important qu’on maintienne les services publics de qualité pour relever ce défi.»

CE QUI ALLÈGE

M. Côté-Philibert qualifie «d’excellente nouvelle» que l’accès aux services du nouveau programme d’Allocation autonomie à domicile (AAD) mette les CLSC au cœur du processus. Il voit d’un bon œil l’élargissement du mandat et la revalorisation des responsabilités attribués aux CLSC, pour répondre aux besoins des usagers.

L’autre bonne nouvelle de cette annonce, c’est un meilleur partenariat avec les entreprises d’économie sociale. «Par exemple, ici c’est l’organisme Logi-aide des Basques qui fait de l’aide aux ménages, préparation de repas, approvisionnement, nourriture, dit M. Côté-Philibert. Ils vont avoir de nouveaux budgets qui sont annoncés pour les entreprises d’économie sociale.»

CE QUI ALOURDIT

L’usager de l’allocation devra agir comme employeur pour rémunérer le proche aidant qu’il choisit. Cela implique la préparation de la paie, incluant l’indemnité de congés, la préparation du relevé d’emploi (T4) et la prise de congé pour des raisons familiales et parentales, et ce, à chaque période de paie. Le cadre de référence l’appelle désormais «l’usager employeur» et la condition d’admissibilité 3.3 dit qu’il «doit présenter la capacité d’autogérer les activités et les ressources sous sa responsabilité […].» En cas d’incapacité à exercer ses obligations légales d’usager-employeur, une tierce personne peut être désignée. L’usager-employeur devra donc trouver une autre personne que le proche aidant. Cette personne ne devra pas seulement remplir les préparations de paie, mais aussi «assurer une vigie des soins et services reçus tout au long de la période de prestation de services», mentionne le cadre de référence.

«Il y a des démarches administratives qui reposent sur les épaules de l’usager, entre autres, de trouver la bonne personne et vérifier ses antécédents judiciaires. Ce n’est pas le CLSC qui va aider donc, c’est l’usager qui doit faire la recherche de la prestataire. Pour la personne aidée qui reçoit des soins, ça amène un fardeau administratif et légal», conclu M. Côté-Philibert.

Plusieurs proches aidants risquent d’être déçus ou de devoir patienter avec de voir certaines de leurs heures de travail être rémunérées par leur nouvel employeur : la personne qu’ils aident.


[ Source ]

.

Retour à la liste des nouvelles

© Fondation Maison Gilles-Carle 2021. Tous droits réservés.