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Les dilemmes de la « génération sandwich »

Coincées entre les besoins de leurs enfants qui grandissent et ceux de leurs parents qui vieillissent, bien des personnes dans la tranche d'âge de 45-54 ans doivent gérer un risque d’épuisement.

Six personnes sur un sofa.
Chez les Desjardins-Landry, les épreuves de la vie se traversent en famille.
Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Les couples âgés ont souvent comme expression « nous sommes autonomes à deux ».

Un équilibre fragile lorsque la santé d’un des aînés décline ou que survient un décès.

Pour les Desjardins-Landry, ces épreuves de la vie se traversent en famille.

Le dernier coup dur, le décès soudain, au mois de décembre, du paternel Jean Desjardins avec qui Louise Landry avait passé 55 ans de vie commune.

Louise Landry en entrevue.
Louise Landry peut compter sur ses deux fils pour l'aider à traverser une perte d'autonomie et le deuil de son conjoint, feu Jean Desjardins.
Photo : Radio-Canada

Mon mari avait depuis quelques années un problème de santé, une démence, et c’est pour ça qu'on était venu ici [à la RPA]. On mangeait ensemble, puis ils allaient le reconduire à sa chambre.

Le renoncement au permis de conduire et le déménagement du couple en 2025, dans une résidence pour aînés avec soins, avaient été une étape difficile à accepter. L’implication des enfants a été cruciale.

Il a fallu qu’on relocalise mes parents, parce qu'ils étaient dans une résidence pour personnes âgées autonomes, souligne l’un des fils, Éloi Desjardins.

On a dû leur trouver la bonne résidence, avec soins, et aussi négocier avec eux, parce que, pendant un certain temps, mes parents ne voulaient pas déménager [...] il y avait beaucoup de frustration, de deuils à faire.

Éloi Desjardins dans un salon.
Éloi Desjardins fait partie de la « génération sandwich », qui doit s'occuper de sa famille et de ses parents.
Photo : Radio-Canada

Lors de notre passage, les fils de Mme Landry, Éloi et Gabriel Aubert, aménageaient le nouvel appartement de leur mère. Mobilier, installation d’un téléviseur, chacun y allait de ses suggestions en compagnie des petits-enfants.

Ils sont là tous les deux, c’est un gros support pour moi [...] les gars sont essentiels pour moi, admet Mme Landry.

Deux frères, une équipe

Au fil des ans, les deux frères Desjardins ont appris à unir leurs forces pour aider leurs parents.

Éloi estime consacrer plus de 10 heures par semaine à aider sa mère et à gérer la succession de son père.

Il faut dire que la sclérose en plaques dont est atteinte sa mère depuis de nombreuses années représente aussi une charge mentale. Ma mère fait des chutes [...] et quand on reçoit un coup de téléphone, c'est qu'il y a un accident qui est arrivé, raconte-t-il. Cette pression-là, ce souci-là, il est constant.

Gabriel Aubert Desjardins dans un salon.
Gabriel Aubert Desjardins espère « influencer » ses enfants en consacrant du temps à ses parents.
Photo : Radio-Canada

Vous sentez-vous pris en sandwich? L'image est bonne, répond-il, c'est beaucoup de culpabilité.

Tu veux être un bon père, un bon employé, tu veux être un bon fils, mais il faut s’occuper de soi aussi parce que, si moi je tombe malade, qui va occuper tous ces rôles-là?

Une citation deÉloi Desjardins

Son de cloche similaire pour son frère, Gabriel Aubert Desjardins. J'ai fait une dépression pendant la période de la COVID [...] et, comme le veut le cliché, je me suis choisi.

Horaire flexible, périodes de repos, il fait de son mieux pour partager son temps entre ses proches et ses trois enfants. La belle-maman, d’Argentine, s’est jointe à l’unité familiale durant la pandémie.

Comme le souligne Gabriel Aubert Desjardins : Moi et mon frère, on s'entend bien là-dessus, on se coordonne pour notre mère, on travaille en équipe, on travaille ensemble. Ça aide.

J'espère influencer mes enfants qui vont voir ça, de donner au suivant.

Une citation deGabriel Aubert Desjardins

Lea dilenmmes de la génération sandwich
Le reportage de Davide Gentile

Les 45-54 ans

Pour le directeur général de l’organisme Appui pour les proches aidants, Guillaume Joseph, le vécu de la famille Desjardins-Landry témoigne de la réalité de bien des familles d’aujourd’hui prises en sandwich entre plusieurs obligations.

C'est vraiment les proches aidants qui se situent environ entre 45-54 ans, qui ont encore souvent des rôles parentaux à jouer avec des enfants à la maison [...] et qui doivent s'occuper de un, deux, trois, quatre parents ou proches plus âgés qui commencent à avoir des enjeux liés au vieillissement ou des problèmes cognitifs.

Guillaume Joseph dans un bureau.
Guillaume Joseph, directeur général de l’organisme Appui pour les proches aidants, travaille à sensibiliser les familles pour qu'elles évitent l'épuisement.
Photo : Radio-Canada

Ce qu'on sait, c'est que les 45-54 ans représentent 26 % des proches aidants, ce qui est quand même important.

Selon les données de Statistique Canada, en 2022 6 % des Canadiens ont déclaré être des aidants pris en sandwich, c’est-à-dire qu’ils avaient à prodiguer des soins à la fois à des enfants et à des adultes. Un groupe de près de 2 millions de personnes.

C'est pour ça qu'on travaille à la sensibilisation, parce que ce qu'on remarque souvent, c'est qu'ils vont s'épuiser et être malades, insiste Guillaume Joseph.

À l'Université McGill, la fondatrice du programme de formation sur les troubles neurocognitifs, Claire Webster, milite dans le même sens.

Claire Webster dans un salon.
Claire Webster, conseillère certifiée dans les soins pour les personnes atteintes de troubles neurocognitifs majeurs, fondatrice de Caregivers Crosswalk et fondatrice du programme de formation sur les troubles neurocognitifs de l'Université McGill.
Photo : Radio-Canada

Je me suis lancée là-dedans à cause de ma propre expérience avec ma mère, qui a eu l'alzheimer en 2006. J'avais trois jeunes enfants de 2, 4 et 9 ans. Pour moi, je n'étais jamais proche aidante, j'étais la fille de ma mère, c'était ma responsabilité de l’aider.

Résultat : elle se retrouve cinq ans plus tard en burnout au complet.

Elle reconnaît qu’elle aurait dû accepter l’aide de ses amies. Elles voulaient vraiment m'aider et me disaient : "Claire, est-ce que je peux aller chercher les enfants à l'école? Est-ce que je peux t'aider? Est-ce que vous voulez que j'aide avec des repas?" Et moi, je répondais toujours "non merci".

Avec la collaboration d'Amélie Fortin


[ Source ]

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