
Un quart de la population canadienne âgée de 15 ans et plus est proche aidant.
Photo : Freepik
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Au Canada, un quart de la population âgée de 15 ans et plus assume le rôle de proche aidant. Pour les personnes issues de l’immigration ou des minorités francophones, comme au Manitoba, ces responsabilités de soins s'ajoutent aux barrières linguistiques et à l'isolement. Ce qui peut créer une pression souvent invisible sur leur santé mentale.
Aidant n’est pourtant pas un métier rémunéré, et ce n’est pas non plus une position exclusivement réservée aux femmes, même si elles sont majoritairement représentées dans ce rôle.
De nombreux Canadiens jouent un rôle de premier plan dans l’administration de soins à des proches souffrant de problèmes de santé de longue durée, d'incapacités physiques ou mentales, ou de troubles liés au vieillissement.
Selon l'enquête de Statistique Canada de 2018 sur les soins donnés et reçus, 7,8 millions de personnes âgées de 15 ans et plus, soit 25 % de la population, agissaient comme aidants.
Parmi eux, 57 % sont des femmes. Ce rôle s'avère parfois particulièrement lourd à porter lorsqu’elles appartiennent à une minorité francophone, situation qui concerne un quart des aidants racisés ou parlant français à la maison.
Lorsque les barrières linguistiques s’ajoutent aux responsabilités de soins, le parcours devient celui d'un combattant.
C’est le cas de Sonia Belkahla, qui a découvert les besoins spécifiques de son enfant après son arrivée au Canada. Elle témoigne des difficultés avec lesquelles elle a dû jongler.
Ce qui était difficile au début, c'est d'avoir les ressources en français, de pouvoir trouver toutes les informations, de pouvoir voir où je peux lui faire les thérapies, les diagnostics, c'est quand même compliqué.
Puis quand on ne connaît pas, qu’on vient juste d'arriver, ça rajoute une pression supplémentaire que les infos soient éparpillées un peu partout. Donc j'ai passé une année où j'ai dû comme me décupler pour pouvoir faire tout ça
, indique Sonia Belkahla, qui ajoute qu'on finit par croire, à tort, qu’on n'en fait jamais assez
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Sonia Belkahla, conseillère emploi chez Pluri-elles, organisme de soutien aux femmes francophones du Manitoba.
Photo : Radio-Canada / Morgane Knoll
Offrir un havre de répit aux aidantes
L’éloignement géographique exacerbe ces défis, alors qu'un aidant sur cinq au pays est né à l’étranger. Afin d'offrir un soutien communautaire à ces personnes indispensables, l’organisme Pluri-elles à Winnipeg a mis sur pied une série d’ateliers d’écriture thérapeutique destinés spécialement aux femmes aidantes.
Carine Nno Endamane, qui coorganise ces rencontres, explique la démarche : Nous avons commencé en septembre. Chaque quatrième jeudi du mois, nous organisons les groupes de soutien où les aidantes viennent se retrouver. C'est un endroit où elles trouvent du répit. Nous faisons des activités, des discussions. On fait un peu de tout.
L'enquête pancanadienne souligne que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à apporter un soutien émotionnel, à préparer les repas, à faire le ménage et à coordonner les soins. C'est une casquette qu'elles portent déjà au quotidien.
Bien que Carine Nno Endamane ne soit pas aidante au sens strict, ses responsabilités de mère et d’épouse s’ajoutent à sa carrière professionnelle.
Lorsqu'on lui demande qui l'aide, elle, elle admet avec pudeur s'accorder des moments de solitude réguliers.
Je prends des petites pauses. Je prends des moments à moi toute seule. Je me connecte avec mon monde intérieur, je fais beaucoup de méditation.

Carine Nno Endamane, conseillère emploi et co-organisatrice d'ateliers d'écriture thérapeutique chez Puri-elles.
Photo : Radio-Canada / Morgane Knoll
Apprendre à prendre soin de soi pour mieux aider
Carine Nno Endamane met ainsi en pratique les conseils partagés lors des rassemblements chez Pluri-elles. Avec les ateliers que nous faisons, les ateliers de bien-être, les ateliers sur la gestion du stress, ces ateliers m'aident vraiment. Moi-même, en tant que conseillère, je les pratique, je les mets en application et je partage également ces astuces aux autres, ce qui marche pour moi, à mes clients
, souligne-t-elle.
À l'heure où la santé mentale est au cœur des préoccupations nationales, un aidant sur quatre au Canada qualifie sa propre santé mentale de passable ou mauvaise.
Dans les Prairies, ce sentiment est encore plus marqué : 51 % des aidants se disent fatigués, contre 47 % en moyenne nationale, et 45 % se disent inquiets ou anxieux.
Selon l'étude, cette pression exercée sur les aidants qui occupent également un emploi souligne la nécessité de politiques favorables, telles que des congés et des prestations spécifiques. Car, comme le conclut Sonia Belkahla, on a besoin quand même d'un peu de repos. On a besoin d'une certaine reconnaissance.
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