
Photo: Olivier Zuida archives Le Devoir
Une majorité de proches aidants jugent «essentiel que leur employeur offre des mesures concrètes de soutien».
Une personne proche aidante sur trois évite de parler de son rôle au travail par crainte de jugement ou de perte de possibilités, révèle un nouveau sondage Léger. « Ça nous montre à quel point il y a encore un enjeu d’acceptabilité sociale », déplore Corinne Vachon Croteau, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille.
« Ce qu’on entend beaucoup des personnes proches aidantes, c’est qu’elles ont peur d’être stigmatisées par leurs collègues de travail, ajoute Loriane Estienne, directrice générale de Proche aidance Québec. Elles ont peur qu’on leur en tienne rigueur, de vivre des conséquences relativement à leur absence. »
Autre élément qui ressort de ce sondage publié mardi, c’est que « les parents se sentent plus à l’aise que les personnes proches aidantes dans l’utilisation des mesures de conciliation », relève Mme Vachon Croteau. Ainsi, 68 % des parents disent se sentir à l’aise d’utiliser les mesures de conciliation famille-travail, contre 58 % pour les proches aidants.
« Ça reflète une réalité en organisation où les mesures sont davantage pensées pour les parents. C’est pourquoi il faut continuer de parler de proche aidance, de démystifier cette réalité pour que les personnes proches aidantes se sentent davantage incluses. »
C’est d’autant plus important que la moitié des proches aidants occupent un emploi, rappelle Mme Estienne. « On est dans un contexte de vieillissement de la population, donc il va y avoir une augmentation du nombre de personnes proches aidantes et, par conséquent, une augmentation du nombre de personnes proches aidantes en emploi. »
Le sondage montre qu’une majorité de proches aidants jugent « essentiel que leur employeur offre des mesures concrètes de soutien ». Il révèle également que 86 % des proches aidants ayant changé d’emploi dans les deux dernières années l’ont fait pour accéder à de meilleures mesures de conciliation famille-travail.
Plus de la moitié des proches aidants disent trouver stressant de devoir négocier des accommodements professionnels. « Ce stress est particulièrement élevé chez les répondants qui travaillent dans de très grandes organisations (69 %) ou pour une entreprise qui n’est pas favorable à la conciliation (71 %) ou qui offre des mesures insuffisantes en ce sens (67 %) », peut-on lire dans le sondage.
Les employeurs peuvent aider à faire diminuer ce stress en mettant en place une politique de conciliation famille-travail qui comporte des balises claires en lien avec la proche aidance, explique Corinne Vachon Croteau, qui accompagne les entreprises dans la mise sur pied de telles mesures via l’initiative Concilivi, chapeautée par le Réseau pour un Québec Famille.
Reconnaître la proche aidance
Si la sensibilisation auprès des employeurs est importante, il ne faut pas non plus négliger celle qui se fait auprès du grand public, rappelle Loriane Estienne, de Proche aidance Québec. « Il y a encore beaucoup de personnes qui ne se reconnaissent pas comme des personnes proches aidantes. Et ça, c’est aussi important à prendre en considération. Si la personne elle-même ne se reconnaît pas comme proche aidante, va-t-elle faire appel à un congé famille ou demander l’adaptation de son horaire ? Elle ne se sentira pas légitime de le faire. »
Mais comment un proche aidant pourrait-il ne pas se reconnaître dans ce rôle ? « Culturellement, on a tendance à trouver ça normal et naturel de prendre soin d’un proche, donc on ne se pose pas cette question-là », explique-t-elle.
« La proche aidance a un impact sur la sécurité financière des personnes, et le concept de conciliation proche aidance-travail est essentiel pour réduire le plus possible l’impact de cet appauvrissement-là », ajoute-t-elle.
Le sondage a été mené par Léger pour le compte de Concilivi en mai 2025 auprès de plus de 3000 travailleurs québécois qui sont parents ou proches aidants.
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