Actualité et revue de presse

Ces proches aidants qui vivent un « enfer »

Paul Arcand et Monic Néron

Trouble anxieux généralisé, bipolarité, schizophrénie, des tas de Québécois vivent avec des enjeux de santé mentale variés. Mais qui sont les proches qui s’en occupent au quotidien ? Je suis là, une série de six épisodes, présentée à partir de jeudi sur les ondes de Télé-Québec, leur donne la parole. Et ça fesse.

Accrochez-vous, ce ne sera pas gai, plutôt franchement bouleversant. Pensez Empathie, mais dans la vraie vie. Et à la maison. Les animateurs Paul Arcand et Monic Néron sont allés à la rencontre de familles, chez elles, dans leur quotidien. Avec grande empathie, justement, tout en posant les questions qui s’imposent.

Ici, une mère raconte son « épuisement », à force de chercher de l’aide pour sa fille, une adolescente avec un trouble du spectre de l’autisme et des traits de personnalité limite. Il aura fallu une tentative de suicide pour qu’enfin une porte médicale s’ouvre à elle. « Avant ça, personne ne nous comprenait et on vivait un enfer… »

Plus loin, une autre fait le marché pour son fils schizophrène. On verra cette mère courage faire le ménage, laver sa vaisselle, dans l’appartement miteux de son fils, complètement désorganisé. Cela fait plus de 30 ans qu’elle le porte ainsi à bout de bras, avec toutes les angoisses et « bibittes » qui l’habitent.

Malgré tout, la femme affiche un moral de fer et une énergie du tonnerre, du moins dans les deux épisodes que nous avons pu visionner. « Et vous n’avez rien vu encore ! », commente Paul Arcand, rencontré pour faire le point sur un tournage qu’on devine exigeant.

« On ne parle jamais d’eux ! »

« C’est costaud comme série, confirme-t-il, et c’est pour ça que c’était important qu’on fasse ça à deux. Il y a eu beaucoup de tournages, sans parler de tout ce qui vient avant, notamment les autorisations, et les enjeux de confidentialité. »

Car autour de ces deux récits graviteront une série d’autres cas, rencontrés « en temps réel », notamment en patrouille avec le SPVM, à la cour municipale de Montréal ou à l’Institut Philippe-Pinel, pour illustrer ce phénomène des « portes tournantes » auquel se confrontent tant de familles, qui ne savent plus à quel saint se vouer ni à quelle porte cogner pour trouver de l’aide.

« Paul et moi, on est incapables de rester les bras croisés face au monde qui ne va pas toujours bien », indique Monic Néron, qui a collaboré plusieurs années à l’émission matinale du célèbre animateur. Chaque fois qu’ils ont abordé la santé mentale à la radio, les courriels de réactions ont déboulé, tels de véritables « cris du cœur ». D’où l’angle choisi ici : « Parce qu’on ne parle jamais d’eux ! »

Paul Arcand et Monic Néron
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Paul Arcand et Monic Néron

« Et c’est eux [les proches aidants] qui ramassent tout ce que le système n’est pas capable de faire… »

— Monic Néron, animatrice

Ils ont tout entendu : des parents qui ferment leurs portes à coups de trois serrures, de peur de voir rappliquer leur grand enfant de 30 ans, « extrêmement violent », ça existe ; un père qui tremble à chaque sonnerie de téléphone, craignant d’entendre la police lui annoncer que son fils a commis l’irréparable, aussi.

La loi P-38

Le clou du problème, selon eux : la fameuse loi P-38 (Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui), qui doit être actualisée prochainement. « Personne ne peut être hospitalisé contre son gré, explique Paul Arcand. Donc, le seul recours des parents, c’est d’aller devant le tribunal plaider sa cause. » Résultat ? « La porte d’entrée, c’est la cour municipale », dénonce-t-il.

Monic Néron avec une jeune fille
PHOTO FOURNIE PAR LES PRODUCTIONS GFP
Monic Néron s’entretient avec une jeune fille dans Je suis là.

Monic Néron confirme. Elle a passé beaucoup de temps à la cour municipale de Montréal. Son constat est catégorique : « J’avais l’impression que c’était une aile psychiatrique. […] Au Québec, on est allé très loin dans les droits des patients depuis la désinstitutionnalisation, explique-t-elle, mais c’est comme si on était rendu de l’autre côté de l’élastique… »

Des familles confieront d’ailleurs leur infinie culpabilité associée à cette démarche judiciaire de dernier recours.

« C’est comme si on ne savait plus comment entrer dans le système, plusieurs se voient comme proche aidant à vie. »

— Monic Néron

Elle ne le cache pas : elle est sortie de ce tournage plutôt « découragée ». « Qu’est-ce qui fait qu’on en est arrivé là ? Comment est-ce qu’on peut échapper autant de citoyens ? »

Ailleurs au Canada, certaines provinces ont des critères plus souples pour intervenir auprès de personnes en crise. Les familles sont en outre mises davantage à contribution. Est-ce une voie à explorer ? « Il faut que quelqu’un qui ne va pas bien fasse l’objet d’une évaluation. Et qu’on n’attende pas le pire […] pour intervenir […] Ce serait le fun que ce soit un enjeu de campagne électorale », glisse Paul Arcand, en terminant.

À partir du 8 janvier à 20 h, à Télé-Québec, en ondes et en ligne

[ Source ]

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