
Une scène tirée de la série documentaire «Je suis là. Les proches aidants en santé mentale»,
animée par Monic Néron (photo) et Paul Arcand
Photo: Productions GFP
Dans la nouvelle série documentaire Je suis là, les animateurs Monic Néron et Paul Arcand braquent les projecteurs sur la réalité des proches aidants en santé mentale. Ils affirment vouloir amener la société à regarder ce qu’elle préfère trop souvent ignorer.
Pendant près d’un an, le duo a suivi principalement deux familles soutenant un être cher atteint de troubles mentaux sévères. À ces récits s’ajoutent une dizaine d’autres cas, présentés plus brièvement. La caméra accompagne les proches aidants dans leur quotidien auprès de la personne qu’ils épaulent, à la maison comme à l’hôpital.
Le premier épisode s’ouvre sur Nicole, qui a transformé son garage en petite épicerie. Les provisions sont gratuites, mais destinées à un seul client : son fils Marc, un mi-quarantenaire atteint d’un trouble schizoaffectif, c’est-à-dire une maladie qui combine des symptômes de la schizophrénie et de la bipolarité.
Devant la caméra, Marc choisit ses plats congelés et ses boissons pour la semaine. Plus tard, seule avec Paul Arcand, sa mère explique pourquoi elle ne peut pas toujours cuisiner pour lui. « J’ai cuisiné pour lui avant-hier. Mais, quand il va moins bien, il a peur que je l’empoisonne ou que je mette de mon sang dans sa nourriture. Ça va par périodes. »
Tout au long de la série de six épisodes, Monic Néron et Paul Arcand bénéficient d’un accès privilégié à un quotidien fait de rechutes, d’espoirs et d’épuisement. Pour avoir « une vision 360 degrés de ce qui se passe dans le système en matière de santé mentale », ils ont notamment franchi les portes de palais de justice et de l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, explique Mme Néron en entrevue.
Je suis là aborde ainsi un large éventail de diagnostics : troubles anxieux, trouble de la personnalité limite, schizophrénie. « On voulait avoir un portrait assez exhaustif de ce qu’on retrouve dans la population », affirme l’animatrice.

La série documentaire «Je suis là. Les proches aidants en santé mentale» sera diffusée par Télé-Québec dès le 8 janvier 2026.
Photo: Productions GFP
« Failles » du système
L’idée de la série est née des nombreux appels à l’aide reçus au fil des ans par les deux animateurs. « On a reçu des témoignages de familles à la tonne à travers les années », relate Monic Néron.
En creusant, le duo s’est attardé aux failles du système auxquelles se heurtent les proches aidants. Des lacunes qui font que l’être aimé souffrant de troubles mentaux passe bien souvent entre les mailles du filet, soulève-t-il.
« Les cas de gens reconnus non criminellement responsables [pour cause de troubles mentaux] ont un point commun. Les proches ont observé une descente, un refus de traitement et un refus d’être soigné. Puis, quand [ces gens] commettent le pire, là, ils sont pris en charge. Et là, la famille est impliquée. Est-on obligé d’attendre jusque-là avant d’intervenir ? » demande M. Arcand.
La série suit notamment une famille contrainte de recourir à la « loi P-38 », qui permet l’hospitalisation forcée d’une personne dont l’état mental présente un danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui.
Or, en décembre dernier, un groupe d’experts a recommandé au gouvernement de ne pas assouplir les critères de cette loi, rappelant qu’elle doit demeurer une mesure d’exception en raison de l’atteinte aux droits fondamentaux qu’elle représente.
Des médecins et des familles soutiennent toutefois qu’il faudrait revoir la notion de « dangerosité immédiate » afin de permettre des interventions préventives, souligne Paul Arcand. Des balises claires sont nécessaires, estime-t-il, tout en dénonçant des critères trop rigides qui rendent difficile l’application de cette mesure. « Et même quand on obtient un P-38, il n’y a pas toujours d’évaluation sérieuse. On manque de personnel. »
« Vous n’êtes pas seuls »
Les deux animateurs espèrent que Je suis là fera sentir aux proches aidants qu’ils ne sont pas seuls. « Je trouvais que c’était important de permettre à des gens isolés d’écouter une série dans laquelle ils vont se reconnaître », relève Paul Arcand.
Monic Néron souhaite aussi provoquer une prise de conscience collective avec la série. « On ne peut plus faire comme si ça n’existait pas. » « On vous le met dans la face », ajoute Paul Arcand.
Mme Néron invite les proches aidants en santé mentale à faire entendre leurs voix et leurs revendications. « Peut-être qu’éventuellement, ça fera en sorte que les décideurs pourront en faire une priorité. »
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